Financer les PME africaines : ce que la mésofinance nous apprend
26 juil. 2026
TL;DR.
La mésofinance désigne le financement des PME africaines trop grandes pour la microfinance et trop petites pour les banques classiques. Dans un entretien accordé à Financial Afrik, Jean-Luc Konan, Président Directeur Général du Groupe COFINA, explique comment ce modèle comble ce vide et comment l'intelligence artificielle transforme l'évaluation du risque. Pour un investisseur, le sujet éclaire directement l'investissement dans le non coté, puisque financer une PME est le métier même du capital privé.
COFINA cible ce segment intermédiaire en apportant financement, accompagnement et conseil à des entreprises solides mais invisibles pour les circuits traditionnels. Jean-Luc Konan décrit l'intelligence artificielle comme « un accélérateur de discernement » : l'objectif n'est pas de remplacer le jugement humain par un algorithme, mais de mieux évaluer les dossiers. La logique rejoint celle du non coté, où la valeur se trouve là où les intermédiaires classiques ne vont pas, en Afrique comme en Europe.
Il existe en Afrique francophone un angle mort du financement. Les grandes entreprises accèdent aux banques, les micro-entrepreneurs à la microfinance, mais entre les deux se trouve un vaste ensemble de PME trop grandes pour l'un et trop petites pour l'autre. C'est ce que l'on appelle la mésofinance. Dans un entretien accordé à Financial Afrik, Jean-Luc Konan, Président Directeur Général du Groupe COFINA, revient sur ce modèle et sur la manière dont l'intelligence artificielle transforme l'évaluation du risque. Pour un investisseur qui s'intéresse au non coté, le sujet n'a rien d'anecdotique : financer une PME, c'est exactement le métier du capital privé.
La mésofinance, un chaînon manquant du financement
La force du propos de Jean-Luc Konan tient dans une idée simple : une PME qui grandit change de besoins. Elle ne cherche plus quelques centaines d'euros de crédit, mais des montants plus élevés, un accompagnement, parfois du conseil. Or ce segment reste mal couvert. La mésofinance vise précisément à combler ce vide, en apportant du financement à des entreprises souvent solides mais invisibles pour les circuits classiques.
Pour LowInvestor, cette lecture est familière. Le non coté existe parce que le marché coté ne finance qu'une infime partie des entreprises. La plupart des sociétés, en Europe comme en Afrique, se financent en dehors des Bourses, auprès d'acteurs qui acceptent de regarder le dossier de près. La mésofinance africaine est une variante de cette même logique : aller chercher la valeur là où les intermédiaires traditionnels ne vont pas.
L'intelligence artificielle comme outil de discernement
Le titre de l'entretien de Financial Afrik résume bien la position de son dirigeant : l'intelligence artificielle serait « un accélérateur de discernement » pour la finance africaine. La formule mérite qu'on s'y arrête, car elle prend le contre-pied du discours habituel sur l'automatisation.
L'idée n'est pas de remplacer le jugement humain par un algorithme, mais de mieux analyser le risque. Dans un environnement où les données comptables sont parfois lacunaires, où une PME n'a pas toujours trois bilans audités à présenter, l'IA peut aider à recouper des signaux, à repérer des schémas, à accélérer une décision de crédit sans sacrifier la prudence. Le discernement reste humain, la technologie l'outille.
Cette nuance est précieuse pour tout investisseur. Évaluer une société non cotée, c'est composer avec l'incertitude : peu d'historique, marché en construction, dirigeant central. Les outils qui structurent l'analyse du risque ne suppriment pas le pari, ils le rendent plus lucide. C'est vrai pour un fonds de mésofinance à Abidjan comme pour un business angel à Paris.
Proximité et technologie ne s'opposent pas
Un autre enseignement de l'entretien mérite d'être souligné. Selon Financial Afrik, COFINA entend conjuguer technologie et proximité avec les entrepreneurs. Autrement dit, le numérique ne remplace pas la relation, il l'élargit.
C'est un point que l'on oublie souvent dans l'investissement en non coté. Derrière chaque ligne d'un portefeuille, il y a une équipe, un dirigeant, une histoire. La donnée aide à sélectionner et à suivre, mais la qualité d'une relation, la capacité à accompagner dans la durée, à conseiller au bon moment, reste déterminante. Les fintechs, dont l'entretien souligne la montée en puissance, l'ont compris : la meilleure technologie est celle qui rapproche du terrain, pas celle qui en éloigne.
Une ambition panafricaine, un signal pour les investisseurs
COFINA est présent dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et centrale et regarde désormais vers le Cameroun, avec l'ambition de renforcer son rôle de partenaire du secteur privé africain à l'horizon 2030, rapporte Financial Afrik. Cette trajectoire raconte quelque chose de plus large : le financement des PME africaines devient une classe d'actifs structurée, portée par des acteurs qui industrialisent leurs méthodes.
Pour un investisseur francophone, souvent lié à l'Afrique par son histoire, c'est un terrain à comprendre plutôt qu'à idéaliser. Le potentiel de croissance y est réel, mais il se travaille avec les mêmes exigences que partout ailleurs : analyse du risque, diversification, horizon long, lucidité sur la liquidité.
Ce que vous pouvez en retenir
L'entretien de Jean-Luc Konan n'est pas un conseil d'investissement, et nous ne le présentons pas comme tel. C'est une fenêtre sur une manière de financer l'économie réelle. Elle rappelle une évidence utile : investir dans le non coté, ce n'est pas parier à l'aveugle, c'est apprendre à évaluer une entreprise que le marché coté ignore. Que ce soit une PME abidjanaise ou une startup européenne, la démarche est la même. Se former à cette lecture du risque, c'est se donner les moyens de participer, à son échelle, au financement de ces entreprises qui ne passeront jamais par la Bourse.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la mésofinance ?
La mésofinance est le financement des PME africaines situées entre deux mondes : trop grandes pour la microfinance, trop petites pour accéder aux banques classiques. Elle vise à combler ce vide en apportant du financement à des entreprises souvent solides mais invisibles pour les circuits traditionnels.
Comment COFINA utilise-t-elle l'intelligence artificielle ?
COFINA s'appuie sur l'intelligence artificielle pour évaluer le risque des PME qu'elle finance. Son dirigeant la présente comme « un accélérateur de discernement », c'est-à-dire un outil qui aide à mieux juger les dossiers plutôt qu'un algorithme qui remplace le jugement humain.
Qui est Jean-Luc Konan ?
Jean-Luc Konan est le Président Directeur Général du Groupe COFINA. Dans un entretien accordé à Financial Afrik, il revient sur le modèle de la mésofinance et sur la manière dont l'intelligence artificielle transforme l'évaluation du risque dans la finance africaine.
Pourquoi la mésofinance intéresse-t-elle un investisseur dans le non coté ?
Financer une PME est exactement le métier du capital privé. Le non coté existe parce que le marché coté ne finance qu'une infime partie des entreprises : la plupart des sociétés, en Europe comme en Afrique, se financent en dehors des Bourses. La mésofinance africaine relève de cette même logique.
Pourquoi les PME africaines sont-elles mal financées ?
Une PME qui grandit change de besoins : elle ne cherche plus quelques centaines d'euros de crédit, mais des montants plus élevés, un accompagnement, parfois du conseil. Ce segment reste mal couvert par les circuits classiques, qui ne vont pas chercher la valeur là où elle se trouve.