Grande Muraille verte au Burkina Faso : la guerre n'explique pas tout
22 sept. 2026
TL;DR.
Au Burkina Faso, la Grande Muraille verte avance mal. La violence jihadiste n'explique pas tout : des financements dispersés, des données de terrain de mauvaise qualité et des bailleurs qui hésitent à s'engager en zone de conflit freinent aussi le programme. Si vous financez des programmes fonciers en Afrique, ce cas montre qu'un projet très visible peut échouer autant sur ses process que sur la sécurité.
D'après The Africa Report, les attaques ont vidé de nombreux sites de restauration dans le nord et l'est du pays. Pourtant, même là où l'accès reste possible, le programme se heurte à des faiblesses structurelles. Les financements passent par une multitude de guichets, de calendriers et d'exigences de reporting, et les porteurs de projets consacrent une part importante de leur temps à gérer leurs bailleurs. Les objectifs fixés pour 2030 paraissent désormais hors de portée. Le risque sécuritaire est réel, mais il sert parfois de raison commode pour ne pas examiner la qualité de la structuration.
Selon The Africa Report, la Grande Muraille verte avance mal au Burkina Faso, et la violence jihadiste n'en est pas la seule cause. Les attaques ont bien vidé de nombreux sites de restauration dans le nord et l'est du pays. Mais le média souligne aussi trois freins qui relèvent directement de la chaîne de financement : des fonds dispersés, une donnée de terrain de mauvaise qualité et des bailleurs qui hésitent à s'engager en zone de conflit. Résultat, les objectifs fixés pour 2030 paraissent désormais hors de portée. Pour un financeur institutionnel, ce diagnostic dépasse le cas burkinabè : il montre comment un programme foncier à forte visibilité peut échouer sur des questions de process autant que sur des questions de sécurité.
L'insécurité, un facteur visible qui en masque d'autres
Les zones du nord et de l'est, où se concentrent une partie des chantiers de restauration, sont les plus exposées aux groupes armés. Quand les communautés se déplacent et que les équipes techniques ne peuvent plus accéder aux parcelles, les plantations ne sont ni entretenues ni suivies. Sur des projets de restauration des terres, dont la valeur dépend de la survie des plants et de la continuité sur plusieurs saisons, un arrêt prolongé peut faire perdre une large part de l'investissement initial.
Le point important, rapporté par The Africa Report, est que cette explication ne suffit pas. Même là où l'accès reste possible, le programme bute sur des faiblesses structurelles. Pour un investisseur, c'est un signal utile : le risque sécuritaire est réel, mais il sert parfois de raison commode pour ne pas examiner la qualité de la structuration.
Des financements trop fragmentés pour produire un effet d'échelle
Le premier frein structurel identifié est l'éclatement des financements. Quand une initiative de cette ampleur repose sur une multitude de guichets, de calendriers et d'exigences de reporting différents, les porteurs de projets passent une part importante de leur temps à gérer des bailleurs plutôt que des hectares. Les petits tickets, rarement coordonnés, ne permettent ni de mutualiser les coûts fixes ni de construire une trajectoire lisible sur plusieurs années.
C'est précisément le terrain où des montages de blended finance ont un sens : un véhicule commun, avec une tranche first-loss portée par un acteur public ou philanthropique, peut agréger des capitaux dispersés et réduire le coût de transaction pour chaque contributeur. Encore faut-il que la gouvernance soit claire et que l'additionnalité de chaque apport soit démontrable.
Sans donnée fiable, pas de décision d'investissement
Le deuxième frein, la faiblesse des données, est sans doute le plus pénalisant à moyen terme. D'après The Africa Report, le manque de données de qualité complique le suivi de ce qui a réellement été restauré. Or, sans mesure crédible, il est impossible d'évaluer la performance d'un projet, de comparer des opérateurs entre eux ou de justifier un décaissement supplémentaire auprès d'un comité d'investissement.
Pour un financeur, cela touche plusieurs niveaux :
- La due diligence ex ante : difficile de valider un plan de restauration sans état des lieux fiable des parcelles, de leur statut foncier et des usages existants.
- Le MRV (mesure, reporting, vérification) : sans protocole robuste, les indicateurs d'impact, qu'ils soient alignés sur IRIS+ ou sur des critères 2X pour la dimension genre, restent déclaratifs.
- Le pilotage en cours de vie : en zone instable, la donnée terrain est aussi un outil d'alerte précoce pour décider de suspendre, réorienter ou poursuivre.
La frilosité des bailleurs en zone de conflit
Troisième frein : plusieurs bailleurs se montrent réticents à intervenir dans des zones affectées par le conflit. Cette prudence se comprend au regard du devoir fiduciaire, de la sécurité des équipes et du risque réputationnel. Mais elle crée un cercle vicieux : les territoires les plus dégradés, et souvent les plus vulnérables, sont aussi ceux qui reçoivent le moins de capitaux, ce qui accentue la pression sur les terres et, potentiellement, les tensions locales.
Plusieurs outils existent pourtant pour partager ce risque plutôt que l'éviter : garanties apportées par des DFI, décaissements conditionnés à des jalons vérifiés, recours à des opérateurs locaux implantés, ou vérification à distance par imagerie satellite couplée à des relevés terrain ponctuels. Aucun ne supprime le risque pays, mais ils permettent de le rendre mesurable et donc finançable.
Ce que les financeurs doivent en retenir
Le cas de la Grande Muraille verte au Burkina Faso rappelle qu'un programme de restauration foncière ne s'évalue pas seulement à l'aune de son environnement sécuritaire. La question décisive pour un bailleur ou un fonds d'impact est la suivante : dispose-t-on d'une donnée terrain suffisamment fiable pour savoir ce que l'on finance, et d'une structure capable d'absorber les interruptions sans perdre la trace des actifs créés ?
Avant tout engagement sur ce type de projet, trois points de vigilance s'imposent : la qualité et l'indépendance du dispositif de mesure, la coordination avec les autres financeurs présents sur le même territoire, et des mécanismes de partage du risque explicites plutôt qu'une exclusion de fait des zones difficiles. C'est sur ces sujets (veille terrain, fiabilité de la donnée, structuration) que se jouera la crédibilité des prochains engagements en faveur de la restauration des terres au Sahel.
Questions fréquentes
Pourquoi la Grande Muraille verte avance-t-elle mal au Burkina Faso ?
L'insécurité liée aux groupes jihadistes a vidé de nombreux sites de restauration. Trois freins structurels pèsent aussi sur le programme : des financements dispersés, des données de terrain de mauvaise qualité et des bailleurs qui hésitent à s'engager en zone de conflit.
Quelles régions du Burkina Faso sont les plus touchées par l'insécurité sur les chantiers de la Grande Muraille verte ?
Le nord et l'est du pays sont les zones les plus exposées aux groupes armés. Une partie des chantiers de restauration des terres s'y concentre, et de nombreux sites ont été abandonnés après les attaques.
Comment l'insécurité affecte-t-elle les projets de restauration des terres ?
Quand les communautés se déplacent et que les équipes techniques ne peuvent plus accéder aux parcelles, personne n'entretient ni ne suit les plantations. La valeur de ces projets dépend de la survie des plants et d'une continuité sur plusieurs saisons. Un arrêt prolongé peut donc faire perdre une large part de l'investissement initial.
Pourquoi la fragmentation des financements freine-t-elle la Grande Muraille verte ?
Le programme dépend d'une multitude de guichets, de calendriers et d'exigences de reporting différents. Les porteurs de projets passent donc une part importante de leur temps à gérer leurs bailleurs, et le programme ne parvient pas à produire un effet d'échelle.
Les objectifs 2030 de la Grande Muraille verte au Burkina Faso sont-ils encore atteignables ?
Les objectifs fixés pour 2030 paraissent désormais hors de portée. En cause, l'insécurité mais aussi des faiblesses structurelles dans la chaîne de financement, qui persistent même dans les zones encore accessibles.