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Mali : 150 M$ pour restaurer les terres, comment mesurer ce qui a vraiment changé ?

24 oct. 2026

TL;DR.

Le Projet de Restauration des Terres Dégradées au Mali (PRTD-Mali) est porté par l'État malien et entièrement financé par la Banque mondiale. Son dispositif de suivi-évaluation a été présenté au Carbon Markets Africa Summit 2026 à Kigali. Si vous financez ce type de projet, la question centrale est de savoir quels effets économiques et environnementaux sont mesurés, par qui et à quelle fréquence.

Le financement atteint 90 milliards de FCFA, soit environ 150 millions de dollars. Moussa Camara, spécialiste du suivi-évaluation, a présenté le projet lors du CMAS 2026, tenu du 13 au 15 octobre. Le montage ne comporte aucune tranche privée à rémunérer.

Restaurer des terres dégradées au Sahel est un objectif que personne ne conteste. Prouver qu'elles l'ont été, en revanche, est une autre affaire. Selon Financial Afrik, Moussa Camara, spécialiste du suivi-évaluation du Projet de Restauration des Terres Dégradées au Mali (PRTD-Mali), a présenté les avancées et les ambitions de ce programme en marge du Carbon Markets Africa Summit 2026 (CMAS 2026), tenu à Kigali du 13 au 15 octobre. L'initiative, portée par l'État malien, est entièrement financée par la Banque mondiale, pour 90 milliards de FCFA (environ 150 millions de dollars). Pour un financeur institutionnel, l'intérêt ne tient pas seulement au montant : le fait que ce soit le responsable du suivi-évaluation qui prenne la parole, et dans une enceinte consacrée aux marchés carbone, dit beaucoup de la place que prend désormais la donnée dans la valeur d'un projet foncier.

Un projet public, un financement unique, une exigence de preuve

Le PRTD-Mali présente un profil simple sur le plan de la structuration : un bailleur multilatéral, un porteur étatique, pas de tranche privée à rémunérer. Cette simplicité a un revers. En l'absence d'investisseurs exigeant un reporting contractuel, la qualité du dispositif de mesure repose largement sur les standards du bailleur et sur la capacité de l'unité de gestion du projet à les appliquer sur le terrain.

Financial Afrik interroge Moussa Camara sur les résultats économiques et environnementaux du programme. Cette double question est la bonne. Un projet de restauration des terres produit des effets sur deux plans qui ne se mesurent ni avec les mêmes outils ni au même rythme : les revenus et la sécurité alimentaire des ménages d'un côté, l'état des sols, du couvert végétal et des stocks de carbone de l'autre. Un financeur doit savoir lesquels de ces indicateurs sont mesurés, par qui, et à quelle fréquence.

Ce que le choix de Kigali signale

Présenter un projet de restauration des terres lors d'un sommet sur les marchés carbone n'est pas anodin. C'est l'indice d'une réflexion, au moins exploratoire, sur la valorisation future des résultats environnementaux, par exemple sous forme de crédits. La source ne précise pas si une démarche de certification est engagée, et il serait imprudent de le supposer.

L'enjeu est néanmoins réel pour les financeurs qui envisagent de cofinancer ou de prendre le relais de ce type de programme. Un projet conçu pour un bailleur public et un projet conçu pour générer des actifs carbone n'ont pas les mêmes exigences de MRV (mesure, reporting, vérification). Le second suppose une ligne de base documentée, une méthodologie reconnue, une vérification tierce et une gestion du risque de non-permanence. Passer du premier au second en cours de route est possible, mais coûteux si la donnée initiale n'a pas été collectée selon ces standards.

Les questions de due diligence à poser

Sans préjuger des résultats du PRTD-Mali, que la source ne détaille pas dans son résumé, un investisseur qui examine un programme comparable devrait obtenir des réponses claires sur les points suivants :

  • La ligne de base : l'état des terres a-t-il été mesuré avant intervention, sur quelles parcelles, avec quelle méthode (télédétection, relevés de terrain, ou les deux) ?
  • L'attribution : comment le projet distingue-t-il ses propres effets de ceux de la pluviométrie, très variable au Sahel, ou d'autres programmes présents sur les mêmes zones ?
  • L'accès au terrain : dans un contexte sécuritaire contraint, quelle part des sites est effectivement visitée, et comment les données des zones inaccessibles sont-elles produites ou estimées ?
  • La sécurisation foncière : les droits d'usage des terres restaurées sont-ils clarifiés ? Sans cela, la durabilité des résultats, et donc leur valeur, reste incertaine.
  • L'indépendance de la vérification : les données remontées par l'unité de projet sont-elles contrôlées par un tiers ?

La donnée terrain, actif à part entière

Le cas malien illustre une évolution de fond : dans les projets fonciers et agricoles, le dispositif de suivi-évaluation n'est plus une fonction administrative en fin de chaîne. Il conditionne la capacité à lever des financements complémentaires, à accéder aux marchés carbone, à rendre compte aux LP d'un fonds d'impact selon des référentiels comme IRIS+, et à démontrer l'additionnalité d'un investissement.

C'est précisément là que se situe le risque pour un financeur. Un indicateur agrégé à l'échelle nationale (hectares restaurés, bénéficiaires touchés) peut être exact et pourtant insuffisant pour juger de la qualité d'un projet. La fiabilité se joue au niveau de la parcelle, du village, de la saison.

Implication pour les financeurs

Le PRTD-Mali est un programme public financé sur ressources concessionnelles, et non une opportunité d'investissement privé. Il reste un cas d'école utile. Pour les DFI, les fonds d'impact et les family offices qui regardent la restauration des terres au Sahel, la question à poser n'est pas seulement « combien a été investi ? » mais « que sait-on, avec quel degré de certitude, de ce qui a changé sur le terrain ? ». Un projet capable d'y répondre de façon vérifiable vaut davantage qu'un projet plus grand qui ne le peut pas. C'est sur cette capacité de preuve, plus que sur les montants annoncés, que se construira la confiance des capitaux privés dans ce segment.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le PRTD-Mali ?

Le Projet de Restauration des Terres Dégradées au Mali (PRTD-Mali) est un programme public porté par l'État malien. Il vise à restaurer des terres dégradées au Sahel et il est entièrement financé par la Banque mondiale.

Combien la Banque mondiale investit-elle dans la restauration des terres au Mali ?

La Banque mondiale finance seule le PRTD-Mali, à hauteur de 90 milliards de FCFA, soit environ 150 millions de dollars. Le projet n'a pas d'autre bailleur et ne comporte pas de tranche privée à rémunérer.

Qui a présenté le PRTD-Mali au CMAS 2026 ?

Moussa Camara, spécialiste du suivi-évaluation du PRTD-Mali, a présenté les avancées et les ambitions du programme. Il est intervenu en marge du Carbon Markets Africa Summit 2026, tenu à Kigali du 13 au 15 octobre.

Comment mesurer les résultats d'un projet de restauration des terres ?

Les effets se mesurent sur deux plans, avec des outils et à des rythmes différents. Sur le plan économique, on regarde les revenus et la sécurité alimentaire des ménages. Sur le plan environnemental, on suit l'état des sols, le couvert végétal et les stocks de carbone.

Pourquoi le suivi-évaluation est-il déterminant dans un projet financé uniquement par un bailleur public ?

Sans investisseurs privés qui exigent un reporting contractuel, la qualité de la mesure dépend surtout des standards du bailleur. Elle dépend aussi de la capacité de l'unité de gestion du projet à appliquer ces standards sur le terrain. Présenter le projet dans un sommet consacré aux marchés carbone montre aussi le poids croissant de la donnée dans la valeur d'un projet foncier.

Une décision à éclairer sur un contexte africain ?

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