Nafad : ce que « l'Afrique financée par l'Afrique » change pour les cofinanceurs
5 nov. 2026
TL;DR.
Lors de l'Africa Financial Summit (AFIS), la Banque africaine de développement (BAD), Afreximbank et Africa Finance Corporation (AFC) ont défendu un objectif commun : faire financer les besoins de l'Afrique par l'Afrique, avec un cadre baptisé Nafad. Si vous cofinancez des projets sur le continent, trois questions se posent : qui structure le tour de table, qui porte le risque et quelle place reste au capital extérieur.
Les trois institutions étaient représentées par Sidi Ould Tah, George Elombi et Samaila Zubairu. À ce stade, aucun instrument, montant ni calendrier n'a été publié.
Trois institutions qui structurent une large part des grands financements du continent ont tenu le même discours. Selon Jeune Afrique, lors de l'Africa Financial Summit (AFIS), les dirigeants de la Banque africaine de développement (BAD), d'Afreximbank et d'Africa Finance Corporation (AFC), c'est-à-dire Sidi Ould Tah, George Elombi et Samaila Zubairu, ont défendu un objectif commun : faire financer les besoins de l'Afrique par l'Afrique. Le cadre qui porte cette ambition, désigné sous le nom de Nafad, prend forme. Si vous cofinancez des projets terrain sur le continent, en tant que DFI, fonds d'impact, family office ou investisseur privé, la question vous concerne directement : qui structure le tour de table, qui porte le risque, et quelle place reste-t-il au capital extérieur ?
Un discours commun, une portée différente
Il est rare que la BAD, Afreximbank et AFC s'expriment d'une seule voix sur un sujet aussi structurant. Ces trois institutions n'ont ni le même mandat ni le même modèle. La BAD est une banque multilatérale de développement dont l'actionnariat compte des pays non africains. Afreximbank finance le commerce et l'industrie. AFC investit dans les infrastructures avec une logique plus proche de celle d'un investisseur. Qu'elles s'alignent publiquement sur un même objectif indique que leurs priorités ont des chances de converger dans les années à venir, notamment dans la manière d'arranger et de piloter les opérations.
Il faut toutefois lire ce signal avec prudence. Les sources disponibles portent sur une intention politique et institutionnelle affirmée lors d'un sommet. Elles ne détaillent ni les instruments, ni les montants, ni le calendrier. Tant que ces éléments ne sont pas publiés, l'analyse doit rester au stade des implications possibles, sans rien supposer d'acquis.
Ce qui pourrait bouger dans les tours de table
Pour un cofinanceur, la formule « l'Afrique financée par l'Afrique » ne signifie pas la sortie du capital international. Elle signale plutôt une volonté de déplacer le centre de gravité des opérations. Trois effets sont à surveiller.
- Le rôle d'arrangeur. Si les institutions africaines prennent plus souvent la tête des montages, les bailleurs et fonds d'impact extérieurs pourraient intervenir plus fréquemment en suiveurs, sur des tranches définies par d'autres. Cela touche directement à la gouvernance, aux droits d'information et à la capacité d'influer sur les standards environnementaux et sociaux.
- La répartition du risque. Les structures de blended finance reposent sur une hiérarchie : first-loss, garanties, dette senior, mezzanine. Une montée en puissance des acteurs africains dans les tranches les plus exposées changerait le profil de risque des tranches proposées aux investisseurs extérieurs. Il faudra vérifier, opération par opération, qui absorbe réellement les premières pertes.
- L'additionnalité. Pour une DFI ou un fonds d'impact, justifier sa présence dans un tour de table suppose de démontrer ce que son capital apporte de plus. Si le financement africain couvre davantage de besoins, l'additionnalité devra se chercher ailleurs : maturité, devise, expertise technique, accès à des segments que les grands arrangeurs ne servent pas.
Le foncier et les projets réels, angle mort des grandes architectures
Les annonces d'architecture financière se jouent à l'échelle macro : bilans, notations, capacité de levée. Les projets terrain, eux, échouent ou réussissent sur des questions beaucoup plus concrètes. La sécurisation foncière, la qualité des titres, l'acceptabilité locale, la fiabilité des données de production ou d'usage pèsent souvent plus lourd dans le risque réel d'un actif agricole, énergétique ou d'infrastructure que la structure de tête.
Plus le capital africain prendra de place dans les montages, plus la question de la donnée deviendra stratégique. Un cofinanceur qui suit un arrangeur doit pouvoir vérifier indépendamment ce qu'il finance. Cela passe par une due diligence foncière solide, par un suivi terrain et par un dispositif de MRV (mesure, reporting, vérification) dont les indicateurs, alignés sur des référentiels comme IRIS+ ou les critères 2X pour la dimension genre, restent comparables d'une opération à l'autre. C'est précisément là que se situe la valeur d'une veille terrain fiable : réduire l'asymétrie d'information entre celui qui structure et celui qui cofinance.
Points de vigilance pour les financeurs
Avant d'ajuster votre stratégie, quelques questions méritent d'être posées à mesure que la Nafad se précise :
- Quels instruments concrets accompagneront cet objectif commun, et ouvriront-ils des tranches accessibles aux investisseurs extérieurs (LP de fonds, co-investissement direct, garanties partagées) ?
- Comment les standards de reporting d'impact et de conformité seront-ils harmonisés entre trois institutions aux mandats distincts ?
- Quels effets sur la gestion du risque pays et du rapatriement de capitaux, sujets qui conditionnent l'appétit des LP internationaux ?
- Quelle place pour les projets de taille intermédiaire, souvent trop petits pour les grands arrangeurs et pourtant au cœur de l'économie réelle ?
L'alignement affiché à l'AFIS est un signal politique fort. Sa traduction opérationnelle reste à documenter. Pour les bailleurs, fonds d'impact et investisseurs privés, l'enjeu n'est pas de choisir entre capital africain et capital international, mais de comprendre comment se positionner dans des montages qui pourraient être de plus en plus pilotés depuis le continent. Ceux qui disposeront d'une lecture indépendante des actifs sous-jacents, foncier compris, seront les mieux placés pour y prendre une part utile et défendable.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Nafad ?
Nafad est le nom du cadre qui porte l'objectif de faire financer les besoins de l'Afrique par l'Afrique. La BAD, Afreximbank et Africa Finance Corporation l'ont défendu ensemble lors de l'Africa Financial Summit. Le cadre prend forme, mais ses instruments, ses montants et son calendrier n'ont pas encore été détaillés.
Qui porte l'objectif « l'Afrique financée par l'Afrique » ?
Il est porté par trois institutions : la Banque africaine de développement (BAD), Afreximbank et Africa Finance Corporation (AFC). Leurs dirigeants, Sidi Ould Tah, George Elombi et Samaila Zubairu, ont tenu le même discours lors de l'Africa Financial Summit (AFIS).
Quelle est la différence entre la BAD, Afreximbank et Africa Finance Corporation ?
Ces trois institutions n'ont ni le même mandat ni le même modèle. La BAD est une banque multilatérale de développement dont l'actionnariat compte des pays non africains. Afreximbank finance le commerce et l'industrie. AFC investit dans les infrastructures avec une logique plus proche de celle d'un investisseur.
« L'Afrique financée par l'Afrique » signifie-t-elle la fin du capital international sur le continent ?
Non, la formule ne signifie pas la sortie du capital international. Pour les DFI, les fonds d'impact, les family offices et les investisseurs privés, c'est leur place dans les tours de table qui pourrait changer : qui structure l'opération, qui porte le risque et quelle part revient au capital extérieur.
Quels sont les montants et le calendrier de Nafad ?
Aucun montant ni calendrier n'a été publié à ce stade. Les informations disponibles portent sur une intention politique et institutionnelle affirmée lors d'un sommet. Tant que ces éléments ne sont pas connus, on ne peut parler que des implications possibles pour les cofinanceurs.