Nigeria : la ligne climat AFD–BOI et le défi du suivi des financements intermédiés
25 oct. 2026
TL;DR.
L'Agence française de développement (AFD) a achevé au Nigeria le projet Transformer les systèmes financiers pour le climat (TFSC). Il finance des investissements durables et bas carbone en passant par la BOI, une institution financière locale qui reprête les fonds. Ce montage démultiplie la portée du capital public, mais il éloigne le financeur du terrain. Pour un investisseur institutionnel, l'enjeu est donc de vérifier que l'argent a réellement servi l'objectif climatique annoncé.
Le projet, référencé CNG1136, associe un prêt non souverain et une subvention. Le Nigeria, pays le plus peuplé du continent, subit la désertification au nord, des inondations dans le centre et l'érosion de ses zones côtières.
L'Agence française de développement (AFD) a classé comme achevé son projet Transformer les systèmes financiers pour le climat (TFSC) au Nigeria, référencé CNG1136. Le montage associe un prêt non souverain et une subvention, en partenariat avec la BOI, pour financer des investissements durables et bas carbone. Le principe est classique : le bailleur ne finance pas directement les projets, il passe par une institution financière locale qui reprête. Ce schéma démultiplie la portée du capital public, mais il éloigne le financeur du terrain. Pour un investisseur institutionnel, la question est donc moins de savoir si le modèle est pertinent que de savoir comment s'assurer que l'argent a réellement servi l'objectif climatique annoncé.
Un pays exposé, une économie à réorienter
Selon la fiche projet publiée par l'AFD, le Nigeria, pays le plus peuplé du continent, cumule plusieurs chocs climatiques : désertification au nord, inondations dans le centre, érosion des zones côtières. Ces perturbations touchent directement l'agriculture et les ressources en eau, deux secteurs dont dépendent une large part des revenus et de la sécurité alimentaire, et pèsent sur l'économie nationale.
S'y ajoute un enjeu structurel : un modèle économique historiquement adossé aux énergies fossiles, qu'il faut réorienter vers une croissance moins émettrice. L'AFD souligne que le volume d'investissement nécessaire dépasse ce que les financements publics peuvent couvrir seuls, et que la mobilisation du secteur financier local constitue un levier central. C'est la logique même de TFSC.
Le financement intermédié : un levier, et une perte de visibilité
Prêter à une institution locale plutôt qu'à des projets individuels présente des avantages connus des DFI :
- Portée : l'intermédiaire connaît son marché, ses clients et ses canaux de distribution, notamment vers des acteurs trop petits pour un bailleur international.
- Gestion du risque de change et du risque pays : le risque de crédit final est porté localement, dans un cadre que l'intermédiaire maîtrise.
- Effet de transformation : au-delà du volume prêté, l'objectif affiché est de faire évoluer les pratiques de l'institution partenaire (critères d'éligibilité, analyse des risques climatiques).
La contrepartie est une chaîne d'information plus longue. Entre le décaissement du bailleur et l'investissement effectif sur une exploitation ou un site industriel, les fonds passent par les procédures de crédit, les systèmes d'information et le reporting de l'intermédiaire. Chaque maillon est une source potentielle d'écart entre l'impact déclaré et l'impact réel.
La place de la subvention
La combinaison d'un prêt non souverain et d'une subvention mérite attention. Dans ce type de montage, la composante non remboursable sert souvent à financer de l'assistance technique ou le renforcement des capacités de l'intermédiaire. La fiche disponible ne détaille pas cette répartition : c'est précisément le type d'information qu'un financeur doit obtenir avant de juger de l'additionnalité d'un programme comparable.
Ce que la due diligence doit couvrir
Sur une ligne de crédit verte intermédiée, plusieurs points conditionnent la crédibilité de l'impact :
- La taxonomie d'éligibilité : quels investissements sont qualifiés de climat ou bas carbone, selon quels critères, et qui tranche les cas limites (agriculture irriguée, efficacité énergétique partielle) ?
- La traçabilité des sous-prêts : l'intermédiaire peut-il relier chaque décaissement du bailleur à des sous-prêts identifiés, avec localisation, secteur et montant ?
- Le dispositif MRV : les indicateurs (émissions évitées, surfaces adaptées, volumes d'eau économisés) sont-ils mesurés, estimés ou simplement déclarés ? Sont-ils alignés sur des référentiels reconnus comme IRIS+ ?
- La vérification indépendante : existe-t-il des visites terrain par échantillonnage, ou le reporting repose-t-il uniquement sur les données de l'intermédiaire ?
- La durabilité du changement : une fois la ligne close, l'institution continue-t-elle à appliquer ces critères sur ses fonds propres ?
Un projet achevé, une évaluation à lire de près
Le statut « achevé » d'un projet de bailleur marque la fin des décaissements, pas la démonstration de ses résultats. C'est à ce stade que les rapports d'achèvement et les évaluations ex post deviennent la matière la plus utile pour un investisseur qui envisage de co-financer une opération similaire, au Nigeria ou ailleurs.
Pour les fonds d'impact, family offices et LP exposés à des véhicules de financement intermédié, l'enseignement est pratique : la qualité d'une ligne climat se juge autant à la solidité de sa chaîne de données qu'au volume engagé. Exiger un accès aux données de sous-prêts, prévoir un budget de vérification terrain et conditionner les tranches suivantes à des indicateurs vérifiés sont des clauses qui se négocient à la structuration, pas après coup.
Reste une question ouverte, que la documentation publique de TFSC ne permet pas encore de trancher : dans quelle mesure ce type de programme transforme-t-il durablement les pratiques de crédit des institutions locales ? C'est sur ce point, plus que sur les montants, que se mesurera l'additionnalité réelle de la finance climat intermédiée.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le projet TFSC de l'AFD au Nigeria ?
Transformer les systèmes financiers pour le climat (TFSC), référencé CNG1136, est un projet de l'Agence française de développement aujourd'hui classé comme achevé. Il associe un prêt non souverain et une subvention, en partenariat avec la BOI, pour financer des investissements durables et bas carbone au Nigeria.
Comment fonctionne un financement climat intermédié ?
Le bailleur ne finance pas directement les projets. Il prête à une institution financière locale, qui reprête ensuite à ses propres clients. Dans le cas de TFSC, cet intermédiaire est la BOI.
Pourquoi les bailleurs de développement passent-ils par une banque locale ?
L'intermédiaire connaît son marché, ses clients et ses canaux de distribution. Il peut ainsi atteindre des acteurs trop petits pour un bailleur international. Le risque de crédit final est aussi porté localement, ce qui aide à gérer le risque de change et le risque pays.
Quel est le principal risque d'un financement intermédié pour un investisseur institutionnel ?
Ce schéma éloigne le financeur du terrain et réduit sa visibilité sur l'usage final des fonds. La question clé consiste donc à s'assurer que l'argent a réellement atteint des projets climat conformes à l'objectif annoncé.
Pourquoi le Nigeria a-t-il besoin de financements climat ?
Le pays subit la désertification au nord, des inondations dans le centre et l'érosion de ses zones côtières. Ces chocs touchent l'agriculture et les ressources en eau, dont dépendent une large part des revenus et la sécurité alimentaire. L'économie nigériane, historiquement adossée aux énergies fossiles, doit aussi se réorienter vers une croissance moins émettrice.