Cobalt en RDC : ce que le bilan du PABEA-COBALT doit prouver avant son extension
7 nov. 2026
TL;DR.
Le PABEA-COBALT, porté par le Fonds national de promotion et de service social (FNPSS) de République démocratique du Congo, présente son bilan à Genève. Le but est d'obtenir des appuis et d'étendre le programme à d'autres minerais et à d'autres provinces. Il associe la prise en charge des enfants retirés des mines artisanales de cobalt et la reconversion de leurs parents et des jeunes vers l'agrobusiness. Pour un financeur, l'extension ne se justifie que si ces résultats sont mesurés et vérifiables.
La Banque africaine de développement (BAD) a financé le projet en 2019 à hauteur de 84 millions de dollars. Les indicateurs de résultats présentés à Genève n'ont pas été rendus publics en détail à ce stade.
Sept ans après un financement de 84 millions de dollars accordé par la Banque africaine de développement (BAD) en 2019, le Fonds national de promotion et de service social (FNPSS) de République démocratique du Congo est venu présenter à Genève le bilan du PABEA-COBALT. Selon Financial Afrik, l'objectif est double : obtenir des appuis pour consolider les acquis, et étendre le dispositif à d'autres minerais et à d'autres provinces. Pour un bailleur, un fonds d'impact ou un family office sollicité, la question n'est pas la légitimité de la cause, qui fait consensus, mais la solidité de la preuve. Un projet qui demande un cofinancement pour changer d'échelle doit d'abord démontrer que son modèle fonctionne là où il a été déployé.
Un projet hybride, entre protection sociale et économie agricole
D'après Financial Afrik, le PABEA-COBALT associe deux volets. Le premier concerne la prise en charge sociale des enfants retirés des mines artisanales de cobalt. Le second vise la reconversion économique de leurs parents et des jeunes vers l'agrobusiness. Cette articulation est la vraie singularité du projet : elle part du principe que l'on ne sort durablement un enfant de la mine qu'en remplaçant le revenu que son travail apportait au foyer.
C'est aussi ce qui en fait un sujet de financement du réel. Le volet agricole suppose un accès à la terre, à des intrants, à des débouchés et souvent à du crédit. Autrement dit, il repose sur des actifs physiques et des chaînes de valeur dont la viabilité se mesure, ou ne se mesure pas.
Ce qu'un financeur doit exiger du bilan
Les informations publiques rapportées par Financial Afrik ne détaillent pas, à ce stade, les indicateurs de résultats présentés à Genève. Avant tout engagement, plusieurs éléments mériteraient d'être documentés de façon vérifiable :
- La durabilité du retrait des enfants : combien d'enfants pris en charge sont restés hors de la mine dans la durée, et selon quel protocole de suivi ?
- Le revenu agricole réel des ménages reconvertis : niveau, régularité et comparaison avec le revenu minier antérieur. Sans ce différentiel, le risque de retour vers la mine reste entier.
- La sécurisation foncière des parcelles : les familles exploitent-elles des terres dont les droits d'usage sont clarifiés et opposables ? Une reconversion sur un foncier contesté est une reconversion fragile.
- L'accès au marché : existe-t-il des acheteurs identifiés, des contrats d'écoulement, une logistique viable ?
- Le coût par bénéficiaire et sa trajectoire, indispensable pour évaluer la soutenabilité d'une extension.
MRV et additionnalité : le point dur
La difficulté de ce type de programme tient à l'attribution. Une amélioration observée chez les ménages peut résulter du projet, mais aussi d'une baisse des cours du cobalt, d'une évolution réglementaire ou d'autres interventions dans la même zone. Un dispositif de mesure, reporting et vérification (MRV) crédible suppose une situation de référence, des données collectées sur le terrain et, idéalement, une vérification indépendante. Les investisseurs familiers des cadres IRIS+ savent qu'un indicateur de produit (nombre de formations, de kits distribués) ne vaut pas un indicateur de résultat (revenu stabilisé, enfant scolarisé un an plus tard).
L'additionnalité doit aussi être posée clairement : qu'apporterait un nouveau financement que la première enveloppe de 84 millions de dollars n'a pas permis de financer ? Consolidation de l'existant ou duplication à l'identique, la réponse conditionne le type d'instrument pertinent.
L'extension à d'autres minerais et provinces : un changement d'échelle à risque
Le FNPSS envisage, selon Financial Afrik, d'élargir le projet à l'assainissement des chaînes d'approvisionnement d'autres minerais et à d'autres provinces de la RDC. Chaque minerai a son économie propre, ses acteurs, ses circuits de commercialisation. Chaque province a ses régimes fonciers coutumiers, ses conditions agronomiques et son niveau de sécurité. Ce qui a fonctionné dans le contexte du cobalt n'est pas automatiquement transposable.
Pour un financeur, cela plaide pour une approche séquencée : extension conditionnée à des jalons mesurés, tranches de décaissement liées aux résultats, et due diligence spécifique sur chaque nouvelle zone. Les structures de blended finance peuvent s'y prêter, avec une composante concessionnelle ou une garantie absorbant le risque initial, à condition que les métriques de déclenchement soient définies en amont.
Implication pour les financeurs
La démarche du FNPSS a le mérite de rendre compte publiquement et de chercher des partenaires sur la base d'un bilan. C'est précisément ce bilan qui doit être examiné avec exigence. Le sujet dépasse la RDC : la pression croissante sur la traçabilité des minerais de transition énergétique crée une demande pour des programmes capables de prouver leur effet sur le terrain. Les acteurs qui pourront documenter, parcelle par parcelle et ménage par ménage, la réalité de la reconversion attireront les capitaux. La question à poser avant toute participation est simple : les données présentées à Genève permettent-elles de vérifier ce qui a changé pour les familles, et de prévoir ce qui changera ailleurs ?
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le PABEA-COBALT ?
Le PABEA-COBALT est un projet mené en République démocratique du Congo par le Fonds national de promotion et de service social (FNPSS). Il comporte deux volets : la prise en charge sociale des enfants retirés des mines artisanales de cobalt, et la reconversion économique de leurs parents et des jeunes vers l'agrobusiness.
Qui finance le PABEA-COBALT et pour quel montant ?
Le projet a été financé en 2019 par la Banque africaine de développement (BAD) à hauteur de 84 millions de dollars. Le FNPSS cherche aujourd'hui de nouveaux appuis pour consolider les acquis et étendre le dispositif.
Pourquoi le bilan du PABEA-COBALT est-il présenté à Genève ?
Le FNPSS y présente le bilan du projet pour lever des appuis. L'objectif est double : consolider les acquis et étendre le dispositif à d'autres minerais et à d'autres provinces.
Pourquoi associer protection de l'enfance et agrobusiness dans les zones minières ?
Un enfant ne sort durablement de la mine que si le revenu que son travail apportait au foyer est remplacé. La reconversion des parents et des jeunes vers l'agrobusiness doit fournir ce revenu de substitution. Ce volet suppose un accès à la terre, à des intrants, à des débouchés et souvent à du crédit.
Que doit vérifier un financeur avant de soutenir l'extension du PABEA-COBALT ?
Il doit d'abord vérifier que le modèle fonctionne là où il a déjà été déployé. Deux points sont essentiels : combien d'enfants pris en charge restent hors de la mine dans la durée, avec quel protocole de suivi, et quel revenu agricole réel tirent les ménages reconvertis. Les indicateurs présentés à Genève n'ont pas encore été détaillés publiquement.