SanlamAllianz : le géant de l'assurance hésite encore à financer les infrastructures
30 oct. 2026
TL;DR.
SanlamAllianz, groupe d'assurance dirigé par Hennie Nel, vise un doublement de ses bénéfices d'ici à 2030 en misant sur le marché de masse africain. Le groupe reste toutefois prudent sur son rôle de catalyseur du financement des infrastructures et peine encore à convaincre les fonds mondiaux. Si vous êtes financeur institutionnel, cette réserve montre à quel point il est difficile de mobiliser les investisseurs institutionnels africains dans les montages de long terme que les bailleurs cherchent à cofinancer.
Deux arbitrages pèsent sur tout assureur sollicité pour les infrastructures en Afrique. Le premier est l'adéquation actif-passif, qui porte sur la durée, la devise et le profil de flux. Le second est la disponibilité de projets bancables.
Le groupe SanlamAllianz, dirigé par Hennie Nel, affiche un objectif clair : doubler ses bénéfices d'ici à 2030, en s'appuyant sur l'essor du marché de masse africain. Mais, selon la presse économique panafricaine qui a suivi la présentation de cette stratégie, le groupe se montre prudent quant à son rôle potentiel de catalyseur dans le financement des infrastructures sur le continent, et peine encore à convaincre les fonds mondiaux. Pour un financeur institutionnel, cette réserve n'est pas une anecdote d'entreprise : elle illustre une question structurelle, celle de la mobilisation des investisseurs institutionnels africains dans les montages de long terme que les bailleurs cherchent à cofinancer.
Une stratégie de croissance tournée vers le marché de masse
Le cap fixé par la direction repose sur la croissance de la demande d'assurance dans les segments de masse du continent. C'est un choix cohérent pour un assureur : le pari porte sur la bancarisation et l'assurabilité progressive de populations jusqu'ici peu couvertes, avec des volumes importants et des primes unitaires modestes.
Ce positionnement dit quelque chose de l'allocation du capital. Un groupe qui oriente sa croissance vers la distribution et le marché de détail privilégie logiquement la maîtrise de son passif, de sa liquidité et de sa solvabilité. Les engagements de long terme sur des actifs d'infrastructure, peu liquides et exposés au risque pays, entrent plus difficilement dans cette équation.
Pourquoi la prudence sur les infrastructures
Les sources ne détaillent pas les motifs précis de cette réserve, et il convient de ne pas les extrapoler. On peut en revanche rappeler les arbitrages qu'affronte tout assureur sollicité pour financer des infrastructures en Afrique :
- L'adéquation actif-passif : l'épargne longue collectée doit être adossée à des actifs dont la durée, la devise et le profil de flux sont compatibles avec les engagements envers les assurés.
- La disponibilité de projets bancables : sans pipeline structuré, documenté et ayant passé une due diligence solide, l'appétit institutionnel reste théorique.
- Le traitement prudentiel : selon les juridictions, les actifs non cotés et de long terme peuvent être coûteux en capital réglementaire.
- Le risque pays et le rapatriement de capitaux : pour un groupe présent dans plusieurs marchés, l'exposition transfrontalière ajoute une couche de risque difficile à couvrir.
Ces contraintes ne sont pas propres à SanlamAllianz. Elles expliquent pourquoi, sur l'ensemble du continent, le discours sur la mobilisation de l'épargne institutionnelle locale avance plus vite que les allocations effectives.
Le paradoxe des fonds mondiaux
Le second enseignement tient à la relation avec les investisseurs internationaux. Le groupe tarde à séduire les fonds mondiaux, alors même que son plan de croissance est ambitieux. Cette distance peut se lire de deux façons : une décote liée à la perception du risque africain dans son ensemble, ou une interrogation des investisseurs sur la capacité du groupe à transformer la croissance du marché de masse en rentabilité tangible.
Dans les deux cas, la conséquence pour l'écosystème est la même. Un acteur institutionnel africain de premier plan qui doit encore démontrer sa trajectoire auprès des marchés internationaux a peu d'incitation à prendre des positions perçues comme risquées sur les infrastructures. La prudence devient alors une réponse rationnelle à la discipline des marchés, et non un simple manque de volonté.
Ce que cela change pour les montages de cofinancement
Pour les DFI et bailleurs qui structurent des opérations en blended finance, l'enjeu est d'identifier ce qui ferait basculer un investisseur institutionnel africain de la prudence à l'engagement. Plusieurs leviers relèvent directement de la structuration :
- Des tranches calibrées pour le profil assurantiel : tranches senior protégées par une couche first-loss ou une garantie, plutôt que des expositions mezzanine ou en fonds propres.
- Des véhicules agrégés : fonds ou plateformes de dette qui mutualisent plusieurs projets, réduisent le risque spécifique et le coût de la due diligence pour l'assureur.
- Une donnée de projet fiable et vérifiable : sécurisation foncière documentée, état d'avancement suivi sur le terrain, indicateurs d'impact alignés sur des référentiels comme IRIS+ et un dispositif MRV crédible. Un assureur ne peut pas porter un actif qu'il ne peut ni évaluer ni suivre.
L'additionnalité d'un financement concessionnel se mesure aussi à sa capacité à faire entrer du capital local de long terme dans un tour de table. Si ce capital reste à l'écart, la structuration n'a pas atteint son objectif.
Point de vigilance pour le financeur
La position de SanlamAllianz rappelle que l'épargne longue africaine existe, mais qu'elle ne se mobilisera pas par simple affichage d'intention. Elle suivra des projets dont le risque est lisible, partagé et documenté. Pour un bailleur, un fonds d'impact ou un family office, la question opérationnelle n'est donc pas de savoir si les assureurs africains devraient financer les infrastructures, mais de vérifier, montage par montage, si la structure proposée est compatible avec leurs contraintes de passif et de solvabilité.
C'est là que se joue la crédibilité des promesses de cofinancement local : dans la qualité de la donnée terrain, la rigueur de la due diligence et la répartition explicite des risques. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, la prudence des grands assureurs restera, à juste titre, la règle plutôt que l'exception.
Questions fréquentes
Quel est l'objectif de SanlamAllianz d'ici à 2030 ?
SanlamAllianz, dirigé par Hennie Nel, veut doubler ses bénéfices d'ici à 2030. Le groupe s'appuie sur l'essor du marché de masse africain : il parie sur la bancarisation et l'assurabilité progressive de populations jusqu'ici peu couvertes. Ce modèle repose sur des volumes importants et des primes unitaires modestes.
Pourquoi SanlamAllianz est-il prudent sur le financement des infrastructures en Afrique ?
Les motifs précis de cette réserve n'ont pas été détaillés publiquement. Un groupe qui oriente sa croissance vers la distribution et le marché de détail privilégie logiquement la maîtrise de son passif, de sa liquidité et de sa solvabilité. Les actifs d'infrastructure, peu liquides et exposés au risque pays, entrent plus difficilement dans cette équation.
Quels arbitrages un assureur doit-il faire avant de financer des infrastructures en Afrique ?
Il doit d'abord assurer l'adéquation actif-passif : l'épargne longue collectée doit être adossée à des actifs compatibles avec ses engagements envers les assurés. Il doit aussi disposer de projets bancables en nombre suffisant. Le risque pays et la faible liquidité des actifs d'infrastructure pèsent également sur la décision.
Qu'est-ce que l'adéquation actif-passif pour un assureur ?
C'est le principe selon lequel l'épargne collectée auprès des assurés doit être placée dans des actifs dont la durée, la devise et le profil de flux correspondent aux engagements de l'assureur. Pour des actifs d'infrastructure de long terme, cette correspondance est plus difficile à garantir.
Pourquoi la position de SanlamAllianz intéresse-t-elle les financeurs du développement ?
Elle soulève une question structurelle : la mobilisation des investisseurs institutionnels africains dans les montages de long terme que les bailleurs cherchent à cofinancer. La prudence d'un acteur de cette taille, qui peine aussi à convaincre les fonds mondiaux, montre les limites actuelles de la mobilisation du capital long africain.