Tchad : Proparco et la BAD cofinancent à parts égales 30 MWc solaires près de N'Djamena
26 sept. 2026
TL;DR.
Proparco et la Banque africaine de développement (BAD) cofinancent à parts égales deux centrales solaires photovoltaïques d'une capacité totale de 30 MWc. Le producteur français Qair les développe en périphérie de N'Djamena, au Tchad. Si vous financez des infrastructures en zone difficile, cette opération montre comment deux institutions de financement du développement (DFI) se partagent le risque sur un actif énergétique dans l'un des marchés les plus exigeants du continent. Elle montre aussi quelles questions de due diligence conditionnent la finançabilité de ce type de projet.
Proparco a annoncé le financement le 25 septembre 2026. Le montage réunit près de 30 M€ de dette, soit 15 M€ de Proparco et 15 M€ de la BAD sous forme de prêts. Les centrales, situées à Gassi (7ᵉ arrondissement) et à Lamadji (10ᵉ arrondissement), seront raccordées à la boucle 90 kV de N'Djamena. Elles intègrent des systèmes de stockage par batteries d'une capacité totale indiquée de 30 MWc et 8 MWh, destinés à sécuriser l'injection de l'électricité sur le réseau.
Proparco a annoncé le 25 septembre 2026 la signature du financement de deux centrales solaires photovoltaïques d'une capacité totale de 30 MWc, développées par le producteur français Qair en périphérie de N'Djamena. Le montage réunit près de 30 M€ de dette, apportés à parts égales par Proparco et la Banque africaine de développement (BAD). Pour un investisseur institutionnel, l'opération mérite qu'on s'y arrête : elle montre comment deux institutions de financement du développement (DFI) se partagent le risque sur un actif énergétique dans l'un des marchés les plus exigeants du continent, et elle soulève les questions de due diligence qui conditionnent la finançabilité de ce type de projet.
Le projet : deux sites, un raccordement, du stockage
Selon Proparco, les deux centrales sont situées à Gassi (7ᵉ arrondissement) et à Lamadji (10ᵉ arrondissement), à proximité immédiate de la capitale tchadienne. Elles seront raccordées à la boucle 90 kV de N'Djamena, l'épine dorsale du réseau urbain.
Le point technique le plus notable est l'intégration de systèmes de stockage par batteries, d'une capacité totale indiquée de 30 MWc et 8 MWh. L'objectif affiché est de sécuriser l'injection de l'électricité sur le réseau. Dans un système électrique fragile, une production solaire intermittente non lissée peut déstabiliser le réseau et, à terme, pousser le gestionnaire à limiter les injections (le « curtailment »). Le stockage joue donc un rôle qui dépasse l'aspect technique : il protège les flux de trésorerie du projet.
Un cofinancement 50/50 entre deux DFI
Le schéma de financement est simple sur le papier : 15 M€ de Proparco et 15 M€ de la BAD, sous forme de prêts. Ce partage à parts égales illustre une pratique courante des DFI sur les marchés frontières : aucune institution ne porte seule l'intégralité de l'exposition, et la présence d'une banque multilatérale africaine aux côtés d'une institution bilatérale européenne renforce la position des prêteurs face aux risques souverains et réglementaires.
La source ne précise ni la maturité des prêts, ni leur rang, ni la part de fonds propres apportée par Qair, ni l'existence éventuelle de garanties ou de tranches concessionnelles. Ces éléments sont pourtant déterminants pour évaluer la réplicabilité du montage. Un financeur qui envisagerait de co-investir aux côtés de DFI sur ce type d'actif devra les obtenir avant toute décision.
Les points de vigilance pour le financeur
Au-delà de l'annonce, un projet de ce profil appelle une analyse structurée autour de plusieurs risques classiques de la dette d'infrastructure en Afrique centrale :
- Risque de contrepartie : l'identité et la solidité financière de l'acheteur de l'électricité, ainsi que les mécanismes de sécurisation des paiements (comptes de réserve, garanties de paiement), ne sont pas détaillés dans la communication de Proparco. C'est souvent le premier point de fragilité des projets de production indépendante sur le continent.
- Risque de change et de rapatriement : un financement libellé en euros adossé à des revenus locaux suppose un cadre de convertibilité clair. L'appartenance du Tchad à la zone CEMAC et l'arrimage du franc CFA à l'euro atténuent le risque de change, sans supprimer le risque de transfert.
- Sécurisation foncière : deux sites périurbains, dans des arrondissements de la capitale, impliquent une vérification rigoureuse des titres, des éventuels usages coutumiers et des procédures d'indemnisation. C'est un volet où la donnée terrain fait souvent défaut dans les dossiers d'investissement.
- Risque opérationnel : la performance des batteries dans un climat sahélien (chaleur, poussière) et la disponibilité effective de la boucle 90 kV conditionnent la production réellement vendue.
Mesurer l'impact au-delà des mégawatts
Proparco présente le projet comme un soutien à la transition énergétique et à l'amélioration de l'accès à l'électricité dans la capitale tchadienne. Pour un investisseur à impact, la capacité installée n'est qu'un indicateur d'entrée. La véritable additionnalité se mesure à la production effectivement injectée, à la substitution d'une production thermique, au nombre de ménages et d'entreprises dont l'alimentation s'améliore, et à la qualité de l'emploi local créé pendant la construction et l'exploitation.
Ces indicateurs supposent un dispositif de MRV (mesure, reporting, vérification) défini dès la structuration, idéalement aligné sur des référentiels reconnus comme IRIS+. Sans cela, l'impact revendiqué reste difficile à auditer, et donc difficile à valoriser auprès des LP d'un fonds.
Ce que cette opération signale aux investisseurs
Le signal principal est que des DFI de premier rang acceptent de prêter à un projet solaire avec stockage au Tchad, un marché où les capitaux privés restent rares. Pour les fonds d'impact et les family offices, cela ouvre deux pistes : le co-financement aux côtés des DFI sur des projets comparables, ou l'intervention en amont, au stade du développement, là où le besoin en capital-risque de projet est le plus aigu.
Dans les deux cas, la question reste la même : l'information disponible publiquement suffit-elle à fonder une décision d'investissement ? L'annonce de Proparco donne l'essentiel du schéma, mais les paramètres qui déterminent le profil risque-rendement (contrat d'achat, garanties, structure de dette, statut foncier des sites) exigent une due diligence approfondie et une donnée terrain vérifiée. C'est sur ce type de dossier que la qualité de la veille et de l'analyse fait la différence entre une opportunité et un risque mal évalué.
Questions fréquentes
Qui finance le projet solaire de Qair près de N'Djamena ?
Le projet est financé par Proparco et la Banque africaine de développement (BAD), qui apportent chacune 15 M€ sous forme de prêts. Le montage réunit près de 30 M€ de dette. Proparco a annoncé la signature du financement le 25 septembre 2026.
Où sont situées les centrales solaires de Qair au Tchad ?
Les deux centrales sont situées à Gassi (7ᵉ arrondissement) et à Lamadji (10ᵉ arrondissement), à proximité immédiate de N'Djamena. Elles seront raccordées à la boucle 90 kV de N'Djamena, l'épine dorsale du réseau urbain.
Quelle est la capacité du projet solaire de N'Djamena ?
Les deux centrales photovoltaïques ont une capacité totale de 30 MWc. Elles intègrent des systèmes de stockage par batteries d'une capacité totale indiquée de 30 MWc et 8 MWh.
Pourquoi intégrer du stockage par batteries dans une centrale solaire au Tchad ?
Le stockage vise à sécuriser l'injection de l'électricité sur le réseau. Dans un système électrique fragile, une production solaire intermittente non lissée peut déstabiliser le réseau et pousser le gestionnaire à limiter les injections, ce qu'on appelle le curtailment. Le stockage protège donc aussi les flux de trésorerie du projet.
Pourquoi deux institutions de financement du développement cofinancent-elles un projet à parts égales ?
Le partage à parts égales est une pratique courante des DFI sur les marchés frontières : aucune institution ne porte seule l'intégralité de l'exposition. La présence d'une banque multilatérale africaine aux côtés d'une institution bilatérale européenne renforce aussi la position des prêteurs face aux risques souverains.